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Le phénomène du NFT Bashing
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Le phénomène du NFT Bashing

Par 18 février 202222 vues

Le phénomène du NFT Bashing

Depuis quelques mois, le nombre de critiques envers le marché des NFT s’accroît sur les réseaux sociaux. Si certaines se fondent sur des préoccupations écologiques ou anti-spéculative, d’autres ressemblent davantage à un phénomène de néophobie, la peur de la nouveauté. Passons en revue les différentes critiques du marché des NFT afin de relativiser le phénomène anti-NFT.

Les NFT polluent ?

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Répartition sectorielle des émissions de CO2 dans le monde (données : Ministère de la transition écologique)

Comme toute opération informatique, il est nécessaire d’alimenter en électricité les serveurs qui sont utilisés pour le fonctionnement du marché des NFT. À cela, s’ajoute bien entendu l’importante consommation énergétique des technologies blockchain et du marché des cryptos avec 143 TWh dans le monde en 2021 soit l’équivalent de 10% de la consommation totale française (Données : Observatoire climat énergie). Le problème étant que la production d'électricité à partir de combustibles fossiles représente 2/3 de l'électricité mondiale. Ainsi, Hiroko Tabuchi, journaliste au New York Times, a estimé en 2021 que la création d’un NFT serait équivalente au rejet de 200kg de co2 alors que Memo Atken professeur à l’université de Californie parle de 100 kg. Bien qu’ils aillent du simple au double ces deux chiffres restent alarmants.

Cependant, il convient de souligner que les créations de NFT se font par l’intermédiaire du système de proof of stake moins gourmand en énergie, car plus rapide que le minage du bitcoin qui se fonde sur le proof of work. OpenSea, qui propose des NFT sur la blockchain Ethereum, fonctionne sur ce système qui pourra encore être amélioré.

On observe de plus d’autres blockchain souhaitant décarboner tout leur fonctionnement à partir d’un minage écoresponsable par exemple Tezos (qui consomme environ 2 millions de fois moins que Bitcoin). Il sera donc probable que vous trouviez très prochainement des NFT « green » qui pourront avoir une certification de production/utilisation respectueuse de l’environnement.

Par pure comparaison statistique, et parce que les critiques anti-NFT proviennent majoritairement de cette plateforme, Twitter, avec 750 millions de tweets quotidiens, génère environ 2 tonnes de CO2 par jours. Quant à la plateforme de streaming Netflix, elle tourne autour de 330 millions de tonnes de CO2 par an selon le calcul du célèbre cabinet d’expertise The Carbon Trust.

Il convient donc de relativiser : aujourd’hui, le marché NFT n’est ni un impitoyable ogre énergivore et pollueur, ni un exemple dans la lutte contre le dérèglement climatique. Il est nécessaire d’être conscient de l’impact environnemental et de s’intéresser aux efforts écologiques de ce marché encore naissant. Les créateurs de protocoles utilisant la technologie de la blockchain doivent et, pour être honnête, veulent s’orienter dans des projets plus efficaces et moins énergivores.

Les NFT : pur produit spéculatif ?

Pyramide de Ponzi, symbole du monde spéculatif, les qualifications ne manquent pas pour définir ce nouveau marché à travers les yeux des anti-NFT. En face, on rejette tout en bloc en opposant un phénomène d’incompréhension du camp adverse voire même de la jalousie face aux gains des vendeurs.

Il faut être claire, personne n’a tout à fait tort, personne n’a tout à fait raison. Le marché ayant pris son essor depuis peu avec un potentiel de gains pouvant être attrayant, les scams et autres rugs gangrènent l’éco-système NFT. Toutes ces arnaques, relayées sur les réseaux sociaux, donnent une image de méfiance pouvant aller jusqu’au dénigrement de tout le marché. En dehors de ces cas de figure, la problématique des NFT créés par ordinateur et vendus en milliers d’exemplaires avec des promesses de rétributions futures (roadmap promettant des airdrops, des giveways etc…) pose la question de la pérennité de ce modèle. Les NFT sont achetés ici pour ce qu’ils permettent d’obtenir et non ce qu’ils sont et au premier défaut de roadmap leurs valeurs s’effondrera donc.

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Volume des ventes de NFT par mois en 2021

Pourtant, sans ces mauvais élèves, le marché NFT s’apparente à celui de l’art et de la collection où l’offre et la demande sont reine. Si chacun est libre de donner son avis quant à la qualité esthétique de tel ou tel NFT, personne ne peut contester le phénomène de collection qui se passe du jugement subjectif. Du côté anti-NFT on insiste sur le fait que l’immatérialité des biens est le symbole d’un produit sans valeur réelle, ce qui ne semble pas être un argument pertinent pour les nouvelles générations. À titre de comparaison, le marché des cartes de collection (Pokémon, Magic, etc.) mais aussi des vêtements et chaussures de collections, est en plein essor représente bien les nouvelles mentalités : les nouvelles générations s’intéressent ce qu’il leur parle le plus. Le marché des NFT obéit aux mêmes règles, les « images » ne semblent pas avoir de valeur intrinsèque, mais beaucoup d’acheteurs en veulent, créant alors un effet logique de hausse des prix.

On réalise alors que la comparaison avec le marché de l’art à toute sa place pour les grandes collections NFT et le crypto-Art. Le fameux « Mais ce monochrome de Klein est enfantin, il ne vaut pas un million » devient « Mais ce NFT est simpliste, il ne vaut pas un million ». Ainsi, le marché ‘’sain’’ des NFT n’est ni plus ni moins qu’un marché traditionnel pouvant être influencé par des phénomènes de mode, la fameuse « hype », qui peut aller aujourd’hui très vite, trop vite selon les détracteurs du monde des influenceurs.

La jeunesse du marché NFT

Un des plus gros ennemis d’un nouveau marché reste sa compréhension et son acceptation par le public. De ce fait, lorsqu’une incompréhension générale est majoritaire, la société aurait une tendance massive au rejet de la nouveauté : la néophobie. Tel était le cas à l’invention de l’électricité, du cinéma, internet ou très récemment de la 5G.

Cette peur de l’inconnu induit un rejet de la nouveauté amplifié par les phénomènes d’adoptions automatiques des déclarations de telle ou telle personne que l’on suit ou que l’on apprécie sur les réseaux sociaux. Il convient alors d’expliquer le potentiel de la technologie NFT à ses détracteurs qui n’éprouvent pas l’envie de s’informer correctement sur les côtés positifs, souvent par fainéantise intellectuelle ou encore par mauvaise foi…


Jean Birnbaum, chroniqueur sur France Culture, indiquait à ce propos en 2018 : « Aujourd’hui je voudrais revenir sur l’état du débat intellectuel, pour évoquer un phénomène inquiétant, qu’on pourrait appeler la crise de la sincérité […]. Sur Twitter, la mauvaise foi fait écho à la mauvaise foi, on ne s’entend plus et, accoutumés à ce vacarme, nous le remarquons à peine. Sauf quand, par miracle, au milieu du brouhaha, un dialogue fait comme effraction, une voix se fraye un chemin vers une autre voix. »


La compréhension de la technologie et du marché prendra donc du temps et nécessitera de la patience, notamment face à la mode du NFT Bashing sur Twitter qui semble prendre de l’ampleur ces dernières semaines. Cela va jusqu’à la création par un développeur d’un plug-in permettant de bloquer facilement les comptes utilisant la fonction Twitter Blue permettant d’avoir son NFT en photo de profil. On assiste aussi à un phénomène d'accusations sommaires voire de dénigrements parfois violents des détenteurs de NFT.


Il faut rappeler aux lecteurs qu’un tweet surfant sur une hype polémique est, d’un point de vue financier, plus intéressant pour son auteur qui pourra compter sur le phénomène de mode pour augmenter les réactions et, in fine, ses abonnés. Lors du dégonflement de cette mode, vous vous apercevrez rapidement de l’abandon des mêmes auteurs du sujet pour surfer sur une vague plus intéressante, belle preuve de leur engagement…

Botticelli
Rédacteur

D'une formation universitaire en droit et histoire de l'art et spécialisé dans le droit du marché de l'art, je m'intéresse au droit fiscal entourant les NFT ainsi que les problématiques de propriété intellectuelle mais aussi aux nouveaux marchés de l'art digital.